Savoir ce qu’est un PEP est une chose ; screener efficacement un portefeuille de dirigeants et de bénéficiaires effectifs en est une autre. C’est là que la plupart des dispositifs LCB‑FT calent : listes mal choisies, faux positifs ingérables, hits laissés sans traitement, re-screening jamais déclenché. Ce guide est délibérément opérationnel. Il ne (re)définit pas le statut — pour cela, voyez notre guide complet « PEP : qu’est-ce qu’une personne politiquement exposée » — mais explique comment screener concrètement : quelles listes interroger, comment paramétrer le fuzzy matching, comment trancher un faux positif PEP, à quelle fréquence re-screener, et quelle vigilance renforcée appliquer quand un hit est confirmé.
Le screening PEP en une phrase
Screener un PEP, c’est comparer l’identité d’une personne (nom, date de naissance, pays, rôle) à une ou plusieurs listes de personnes politiquement exposées, arbitrer les correspondances probables, et déclencher la procédure de vigilance renforcée pour les hits confirmés. L’opération paraît triviale ; sa difficulté tient entièrement à deux problèmes : la qualité des listes et le bruit des faux positifs. Tout l’effort pratique consiste à maximiser la couverture (ne pas rater un vrai PEP) tout en minimisant le bruit (ne pas noyer le compliance officer sous des alertes inutiles).
| Étape | Question opérationnelle | Sortie attendue |
|---|---|---|
| 1. Qui screener | Quel est le périmètre légal et opérationnel ? | Client et bénéficiaire effectif ; autres représentants selon le risque, puis famille et associés d’une PEP identifiée |
| 2. Contre quoi | Quelles listes PEP ? | Base consolidée + sources nationales |
| 3. Comment matcher | Quel algorithme, quels seuils ? | Score de correspondance + statut |
| 4. Trancher | Vrai hit ou faux positif ? | Décision documentée |
| 5. Traiter | Quelle vigilance pour un hit ? | Procédure EDD appliquée |
| 6. Re-screener | À quelle fréquence ? | Surveillance continue ou périodique |
Étape 1 — Définir le périmètre : qui screener exactement ?
En droit français, la procédure doit permettre de déterminer si le client ou son bénéficiaire effectif est une PEP ou le devient. Un dispositif peut élargir le contrôle à d’autres personnes pertinentes selon sa cartographie des risques, mais cet élargissement doit rester documenté et proportionné :
- Le ou les représentants légaux (gérant, président, directeur général) ;
- Les mandataires sociaux et administrateurs — voyez comment vérifier un dirigeant ou mandataire social en France et au Maroc ;
- Les bénéficiaires effectifs (UBO) au-delà de 25 % du capital ou du contrôle — la chaîne de contrôle UBO doit être remontée avant tout screening, sous peine de screener la mauvaise personne ;
- La famille et les personnes étroitement associées, après identification d’un lien avec une PEP (conjoint, enfants, parents, partenaires d’affaires).
Concrètement, l’entité sert de point de départ : il faut identifier les personnes physiques qui entrent dans le périmètre, en priorité le client et ses bénéficiaires effectifs. Les membres de la famille et personnes étroitement associées ne sont pas à présumer ; ils sont traités lorsqu’un lien documenté avec une PEP est identifié.
Étape 2 — Choisir les bonnes listes PEP
Il n’existe pas de « liste PEP officielle » mondiale unique : un PEP n’est pas une personne sanctionnée, c’est une personne exposée. Les bases sont donc constituées par agrégation de mandats publics. En pratique, on combine trois niveaux.
Base consolidée (le socle)
- OpenSanctions (PEP dataset) : agrégateur ouvert interrogeable par API, utile pour la détection initiale mais à recouper avec les fonctions et publications officielles ;
- World-Check (LSEG/Refinitiv) et Dow Jones : solutions commerciales à très large couverture, historiquement le standard des grandes institutions, mais onéreuses ;
- Wikidata (propriété « position held »/P39) : fallback gratuit utile pour recouper un mandat, jamais suffisant seul.
Sources nationales (le complément)
- France : Journal officiel, annuaires ministériels, déclarations HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) ;
- Maroc : Bulletin officiel, annuaires gouvernementaux. Attention à ne pas confondre screening PEP et screening de gel d’avoirs : côté marocain, les listes de gel relèvent de la CNASNU, pas d’une liste PEP. Notre note « qui publie quoi au Maroc » détaille ce point souvent mal compris.
Règle pratique : une base agrégée facilite la détection, mais ne suffit pas à confirmer le statut ; chaque correspondance doit être recoupée avec une fonction, une date et une publication officielle pertinentes. Pour un acteur du corridor France-Maroc, screener à la fois la base mondiale et les répertoires des deux pays n’est pas optionnel.
Étape 3 — Le fuzzy matching : paramétrer pour ne rien rater (sans tout faire sonner)
Le cœur technique du screening PEP est l’algorithme de correspondance. Un match strict (égalité exacte de chaîne) rate « Mohammed » vs « Mohamed », « Jean-Pierre » vs « Jean Pierre », ou une transcription différente d’un nom arabe ou cyrillique. Un match trop lâche fait sonner la moitié du portefeuille. Le bon réglage repose sur quatre principes.
1. Normaliser avant de comparer
Avant tout calcul de distance, on normalise les deux chaînes : suppression des accents, passage en minuscules, retrait des suffixes juridiques et titres (M., Dr, Sr), unification des espaces et tirets, translittération cohérente. Comparer des chaînes brutes est la première cause de bruit.
2. Calculer une distance, pas une égalité
On combine typiquement une similarité par tokens (Jaccard sur les mots du nom) et une similarité de caractères (ratio de bigrammes / distance de Levenshtein). Le résultat est un indice de similarité de 0 à 100 : ce n’est ni une probabilité juridique ni une confirmation d’identité, mais un outil de priorisation pour la revue humaine.
| Score de correspondance | Interprétation | Action |
|---|---|---|
| > 85 % | Match probable | Vérification humaine prioritaire |
| 70–85 % | Match à vérifier | Revue, croiser les critères secondaires |
| < 70 % | Faux positif probable | Écarter (et documenter) |
3. Pondérer par la rareté du nom
« Jean Martin » ou « Mohamed Alami » matcheront des dizaines d’homonymes : pour ces noms à deux tokens courants, un dispositif peut relever son seuil interne, après calibration sur ses propres faux positifs et faux négatifs, avant de prioriser une alerte. Un patronyme rare peut être traité avec un seuil plus bas sans exploser le bruit. Adapter le seuil à la rareté est le levier le plus efficace contre les faux positifs.
4. Croiser des critères secondaires
Un match sur le nom seul est un signal faible. Un match sur nom + date de naissance + pays est un signal fort. Dès que possible, on enrichit le screening avec la nationalité, l’année de naissance, le rôle déclaré : c’est ce croisement multi-critères qui transforme une alerte douteuse en hit fiable — ou la disqualifie.
Étape 4 — Gérer un faux positif PEP : la décision qui se documente
Le faux positif est la réalité quotidienne du screening : sur un portefeuille réel, l’écrasante majorité des alertes nominales sont des homonymies. La question pratique n’est donc pas « comment éviter tout faux positif » (impossible), mais « comment les trancher vite et de façon défendable ». Plutôt qu’un verdict binaire PEP/non-PEP, adoptez un statut à quatre états :
- PEP_CONFIRMED — correspondance forte (nom + date de naissance et/ou rôle). Déclenche la vigilance renforcée.
- PEP_PARTIAL_MATCH — correspondance partielle à arbitrer par un humain.
- UNVERIFIED — données insuffisantes pour conclure (à compléter, jamais à ignorer).
- VERIFIED_CLEAN — screening effectué, aucune correspondance pertinente.
Pour chaque alerte écartée comme faux positif, on consigne cinq éléments minimaux : la personne screenée, la liste interrogée et sa date, le hit candidat, le critère qui l’écarte (date de naissance différente, pays incohérent, rôle sans rapport), et l’analyste qui a tranché. Un faux positif documenté est une décision de conformité ; un faux positif effacé sans trace est un trou dans le dispositif. Sans trace suffisante, il devient difficile de démontrer la réalité et la qualité du contrôle.
Étape 5 — Traiter un hit confirmé : la procédure de vigilance renforcée
Un PEP n’est pas interdit de relation d’affaires. Le hit confirmé n’est pas un refus automatique : il déclenche une procédure de vigilance renforcée (EDD) dont les briques sont précises. Concrètement, pour chaque PEP confirmé :
- Validation par un niveau hiérarchique senior avant d’entrer (ou de poursuivre) la relation d’affaires — la décision ne reste pas au niveau de l’opérationnel.
- Établissement de l’origine des fonds mobilisés dans la relation.
- Établissement de l’origine du patrimoine de la PEP, pour les montants significatifs.
- Surveillance renforcée et continue de la relation et des opérations.
- Documentation accrue de chaque opération significative, conservée et horodatée.
La vigilance renforcée se module selon le risque : un parlementaire d’un pays à gouvernance solide n’appelle pas le même niveau de contrôle qu’un ministre d’une juridiction à risque élevé. Le statut PEP est un déclencheur, pas un curseur figé : on croise toujours avec le risque pays, le secteur et les signaux de réputation. Sur ce dernier point, savoir scorer les signaux faibles d’e-réputation permet de calibrer la profondeur de l’EDD au-delà du seul statut.
Étape 6 — Le re-screening : à quelle fréquence, et pourquoi c’est non négociable
Le statut PEP n’est pas figé dans le temps. Deux dynamiques imposent de re-screener un portefeuille déjà constitué :
- Un client « clean » à l’entrée devient PEP en cours de relation (élection, nomination ministérielle, accès à un poste de direction d’entreprise publique). Sans re-screening, vous le manquez.
- Une personne qui cesse ses fonctions demeure couverte par le cadre français pendant moins d’un an et le droit européen impose de tenir compte du risque résiduel pendant au moins douze mois, puis aussi longtemps que ce risque persiste. Le statut doit donc être réévalué, pas effacé à la sortie de fonction.
Les textes ne fixent pas une cadence annuelle ou trimestrielle uniforme : elle doit répondre au risque et aux changements de situation. Deux modèles opérationnels peuvent être documentés :
| Modèle | Fréquence | Pour qui |
|---|---|---|
| Re-screening périodique | Cadence interne fondée sur le risque et les événements déclencheurs | Portefeuilles suivis par campagnes documentées |
| Surveillance continue | Alerte automatique dès qu’une liste évolue | Risque élevé, volumes importants, exigence d’audit |
La tendance de fond est le passage du contrôle ponctuel à la surveillance permanente : nous détaillons l’arbitrage dans surveillance continue des tiers vs vérification ponctuelle. La cadence retenue doit être justifiable au regard du risque, complétée par des contrôles déclenchés lors d’un changement de fonction, d’actionnariat ou de données de référence.
Les pièges les plus fréquents du screening PEP
Piège 1 — Se limiter aux PEP nationaux
Beaucoup d’entreprises françaises se concentrent sur les PEP français et négligent les PEP étrangers. Or vos contreparties peuvent inclure des ministres, parlementaires ou hauts fonctionnaires d’autres juridictions. Définissez une couverture internationale adaptée aux pays réellement exposés et conservez les sources officielles utilisées pour confirmer chaque alerte.
Piège 2 — Oublier la famille et les associés
Le PEP n’apparaît pas toujours en direct comme UBO : c’est souvent un proche qui détient la structure. Après identification d’une PEP, le contrôle doit intégrer les catégories de famille et de personnes étroitement associées définies par les textes, à partir de liens documentés.
Piège 3 — Confondre PEP et sanction
Un PEP n’est ni sanctionné ni interdit. Le traiter comme une liste de sanctions (rejet automatique) est juridiquement faux et commercialement absurde. À l’inverse, screener un PEP ne dispense pas du filtrage sanctions, qui est une obligation distincte.
Piège 4 — Documenter insuffisamment
En contrôle, l’autorité vérifie autant la qualité de la documentation que l’existence du screening : date, sources, personnes vérifiées, décision, justification. Voyez ce qu’un audit LCB‑FT (Tracfin/ANRF) attend réellement.
Combien coûte (et rapporte) l’automatisation ?
L’automatisation accélère la normalisation des noms, la comparaison et la réouverture d’un dossier lorsqu’une source change. Son gain réel dépend toutefois du portefeuille, de la qualité des données et du temps de revue des homonymes. Elle ne remplace ni la confirmation sur une source officielle ni la décision humaine documentée.
FAQ — Screening PEP en entreprise
Comment screener un PEP concrètement, étape par étape ?
Identifiez d’abord le client et son bénéficiaire effectif, puis les autres personnes justifiées par le risque et, lorsqu’une PEP est détectée, sa famille et ses personnes étroitement associées, interrogez une base PEP consolidée complétée des sources nationales, appliquez un fuzzy matching normalisé avec des seuils adaptés à la rareté du nom, croisez nom + date de naissance + pays, attribuez un statut (confirmé / partiel / non vérifié / clean), traitez les hits confirmés par la vigilance renforcée, et re-screenez selon une cadence fondée sur le risque et les événements. Chaque décision se documente.
Comment traiter un faux positif PEP sans risque ?
Un faux positif se tranche sur un critère discriminant (date de naissance, pays ou rôle incohérent avec le hit) puis se documente : personne screenée, liste et date, hit écarté, motif, analyste. C’est cette trace qui rend la décision défendable en contrôle. Ne supprimez jamais une alerte sans laisser de justification.
À quelle fréquence faut-il re-screener un PEP ?
Aucune fréquence annuelle ou trimestrielle unique n’est prescrite pour tous les portefeuilles. La fréquence doit être fondée sur le risque et complétée par des déclencheurs événementiels ; une surveillance continue peut être retenue lorsque l’exposition le justifie. Un client devient PEP en cours de relation : sans re-screening, vous le manquez.
Quelle vigilance renforcée appliquer à un PEP confirmé ?
Validation par un niveau hiérarchique senior, établissement de l’origine des fonds et du patrimoine, surveillance continue renforcée et documentation accrue des opérations significatives. L’intensité se module selon le risque pays, le secteur et la réputation — le statut PEP déclenche la procédure mais n’en fixe pas seul le niveau.
Un PEP peut-il être client ou fournisseur ?
Oui. Le statut PEP n’interdit aucune relation d’affaires : il impose une vigilance renforcée documentée. Refuser systématiquement un PEP n’est pas une obligation légale et constitue une mauvaise pratique. Ce qui expose au contrôle est l’absence de procédures adaptées et de mesures complémentaires requises, non la relation elle-même.
Conclusion
Le screening PEP ne se joue pas sur la connaissance de la définition, mais sur l’exécution : un périmètre juridiquement défini (client et bénéficiaire effectif, puis famille et associés d’une PEP identifiée), de bonnes listes, un fuzzy matching calibré, des faux positifs tranchés et tracés, une vigilance renforcée proportionnée, et un re-screening qui tourne vraiment. C’est précisément la partie que l’outillage automatise le mieux.
Screenez vos dirigeants et UBO dans un délai qui dépend des sources. RiskSonnar agrège des sources publiques et officielles disponibles (sanctions, PEP, registres FR & MA, presse) et produit un rapport de due diligence défendable — screening PEP inclus, faux positifs filtrés, France et Maroc nativement. Vérifier un dirigeant → · Voir la méthodologie
Pour aller plus loin : la définition complète d’une PEP, le passage à la surveillance continue des tiers, et le scoring des signaux faibles d’e-réputation. Recommandation, jamais un verdict.
Traçabilité éditoriale
Transparence éditoriale
Signature : Rédaction RiskSonnar. Documentation revue le 11 septembre 2026.
Sources officielles consultées
4 références externes sont détectables dans ce dossier.
- Code monétaire et financier, article L. 561-10 — mesures de vigilance complémentairesRépublique française — Légifrance
- Code monétaire et financier, article R. 561-18 — fonctions, famille et personnes associéesRépublique française — Légifrance
- Code monétaire et financier, article R. 561-20-2 — procédure et mesures applicables aux PEPRépublique française — Légifrance
- Directive (UE) 2015/849, notamment articles 20 à 22 relatifs aux PEPUnion européenne — EUR-Lex
Méthode propre à cet article. Confrontation des recommandations opérationnelles aux articles L. 561-10, R. 561-18 et R. 561-20-2 ainsi qu’à la directive européenne ; les seuils de rapprochement et cadences sont explicitement présentés comme des choix internes, non comme des minima légaux.